La charge mentale en 2020 : toujours d’actualité ?

Amanda, Mathilde et Emilie, toutes 3 psychologues dans nos crèches et elles-mêmes mamans dans leur vie personnelle nous parlent de la charge mentale, une situation qui s’est accentuée pendant le confinement.

 

La charge mentale : kesako ?

Phénomène dont on parle de plus en plus, la charge mentale est plus qu’un phénomène de mode, c’est une réalité mise en lumière par de nombreux sociologues et psychologues qui mettent en mots la charge cognitive que représente la gestion du foyer au quotidien.

 

Ce que l’on nomme communément « la deuxième journée » constitue l’addition des contraintes liées à l’activité professionnelle et la charge cognitive générée par la vie familiale. La particularité de la charge mentale c’est que ces deux espaces s’imbriquent et que l’esprit est parasité par les pensées liées aux tâches domestiques sur le lieu du travail et vice versa.

 

Les actions et planifications du quotidien peuvent sembler anodines et simples à réaliser, pourtant, elles occupent une place omniprésente dans les pensées. S’occuper du ménage, de la vaisselle, du linge, payer les factures, l’assurance, planifier les rendez-vous médicaux de la famille, planifier les repas, faire les courses, gérer le budget, etc. Autant de « petites choses » qui semblent anodines mais qui, mises bout à bout occupent une place prépondérante et pesante.

 

La charge mentale ne consiste pas seulement à la réalisation de ces tâches, mais aussi dans le fait de penser à ces tâches, de les anticiper et de les planifier. Ces pensées qui s’imposent à nous, représentent « un poids » constant, la crainte d’en oublier une. Elles occupent l’esprit tout au long de la journée sans moment de répit, ne laissent aucun moment de flottement ou de repos. L’esprit est accaparé par une liste d’actions à ne pas oublier sous peine de pénaliser les membres du foyer, ce qui représente une source de fatigue mentale et physique permanente.

 

Les femmes, davantage concernées par la charge mentale

Historiquement, les femmes portent la charge domestique depuis toujours. En temps normal et dans une configuration familiale d’un couple hétérosexuel avec un enfant, la répartition de la charge mentale incombe principalement aux femmes, même si la tendance évolue très progressivement.

Bien que les générations actuelles semblent mieux répartir les tâches ménagères au sein du couple, les femmes continuent de détenir le monopole de la plus grande charge mentale.

 

Charge mentale et confinement

Durant le confinement, en plus de la dimension anxiogène à laquelle tout le monde a pu être confronté, l’organisation du télétravail a suscité diverses difficultés organisationnelles qui a massivement accentué la charge mentale ainsi que les inégalités déjà présentes. Les femmes ont consacré encore plus de temps à faire le ménage et prendre soin des autres. D’ailleurs, 70% d’entre elles déclaraient s’occuper quotidiennement du travail scolaire des enfants contre 32% des hommes.

 

La logique laisse penser que la répartition des tâches aurait pu être plus équitable à temps de présence égale dans le foyer, or il n’en fut rien ! La réalité, c’est que selon une étude IFOP, l’effet du confinement a augmenté les inégalités entre femmes et hommes face aux tâches ménagères.

 

La gestion du foyer au sens large a pu donner le sentiment à certaines d’être tiraillées entre réussir à s’occuper des enfants (avec tout ce que cela implique), gérer le foyer (courses, ménage, linge, repas etc.) et rester disponible le plus possible pour leur activité professionnelle. Mener de front toutes ces activités est techniquement très difficile, voire impossible. Pourtant, beaucoup l’ont fait, parce qu’« il fallait le faire » il n’y avait pas le choix. Au risque d’y sacrifier sa santé psychique et de frôler le burn-out !

 

Prendre soin de soi pour prendre soin des autres

Mais alors que ce week-end nous célébrions la « fête des mères », comment rester positive et tenter de faire (un peu) bouger les choses ?

 

« Pour prendre soin des autres il faut d’abord prendre soin de soi ». Cette célèbre phrase n’a jamais eu autant de sens que ces dernières semaines. Plus facile à dire qu’à faire, on sait pourtant aujourd’hui que pour être suffisamment disponible et présente pour les autres il est essentiel de se consacrer du temps, de se faire du bien.

 

C’est probablement ce qui a le plus manqué durant la période de confinement. Connaitre ses limites et savoir les exprimer. Accepter les relais et mettre la barre moins haute avec nous-même. Rappelons-nous alors que la perfection n’existe pas et que chacun et chacune fait de son mieux ! Déculpabiliser et accepter -au moins- durant cette journée d’être célébrée dans l’un des nombreux rôles endossés au quotidien, celui d’être la mère de ces petits qu’on aime inconditionnellement.

 

Bibliographie :

    • Etude conjointe de Sciences Po et du CNRS, “Confinement pour tous, épreuve pour certains”, parue en avril 2020
  •  
    • Wikipédia : charge mentale ménagère
  •  
    • Sondage IFOP l’impact du confinement sur l’alimentation des français.es.

 

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