Quand rythme et transition font la sécurité affective

Une crèche conçue dans une gare, lieu de passage et de transition, pourrait donner à croire que la circulation et les déplacements ne correspondraient pas au respect du rythme du jeune enfant.
Toutefois, la notion de rythme doit aussi être envisagée selon les besoins de sécurité affective, de différenciation et d’exploration de l’enfant.

 

Ce besoin de sécurité affective est un incontournable dans nos crèches, qui se traduit dans chaque geste, chaque parole, chaque attention de nos équipes et résulte de fonctionnements organisés, réfléchis et surtout collectifs. Nos professionnels sont particulièrement vigilants et bienveillants pour que l’enfant puisse se développer de manière harmonieuse et puisse se sentir bien et en sécurité dans un autre milieu que le milieu familial.

 

Le développement de l’enfant est lié à la qualité de la réponse apportée à ses besoins. Ce qui va accentuer son sentiment de sécurité, au-delà de l’attention et de la présence sécurisante des adultes, c’est la manière dont va être scandé le déroulé de la journée : les rituels vont amener l’enfant dans la répétition et à mieux accepter les temps de transitions.

 

Accueillir un enfant et sa famille au sein d’une structure est donc un temps qui se prépare. Les interactions à venir entre le professionnel et l’enfant vont permettre la mise en place d’une relation, d’une communication, d’une présence qui seront les voutes de la sécurité affective et psychique de l’enfant.

 

La séparation permet d’accompagner le jeune enfant sur le chemin de sa construction personnelle. L’enfant va découvrir la crèche et comparer les différentes journées non sur la base de la durée mais à partir de repères spatiaux et sensoriels comme les lieux, les personnes, les objets. Ce que l’on propose aux enfants ne doit donc pas changer tous les jours.

 

Nous savons que les enfants sont de véritables chercheurs : ils font des expériences, analysent des statistiques et forment des théories intuitives sur la physique, la biologie et la psychologie. Ils apprennent très vite au contact des objets et des personnes grâce à la répétition. Ils lancent une hypothèse (la plus probable) et la testent : c’est ce que l’on appelle le raisonnement bayésien. Notre cerveau calculerait en permanence ce qui doit se passer en fonction de ce qui s’est passé jusque-là et c’est l’erreur de prédiction qui permettrait l’apprentissage.

 

Pour raisonner sur les choses ou les personnes, on prédit en fonction de nos expériences. On fait des calculs de probabilités pour anticiper les événements. Même si on n’a pas tous les éléments ! Le bébé est donc un excellent statisticien. Ainsi, pour que l’enfant puisse se familiariser et se sentir bien dans un nouvel environnement, le plus important n’est pas la durée mais la répétition.

 

L’entrée à la crèche demande donc un réel travail de l’équipe pédagogique qui va devoir s’accorder aux besoins de l’enfant accueilli et à ceux de sa famille. Chacun doit pouvoir se représenter les changements qui vont advenir et cette passation d’attentions autour de l’enfant n’est pas laissée au hasard. La représentation du temps chez l’enfant se construit à partir d’un ensemble de situations vécues et mises en relation les unes avec les autres. La perception des liens de causalité entre les événements donnera à l’enfant une échelle subjective du temps qui s’affinera au cours des années.

Le changement, la nouveauté, la transition sont bon pour le cerveau. Sans nouveauté le cerveau dépérit, sans sécurité l’enfant n’apprend pas. Mouvement, rythme et transition ne sont donc pas antinomiques avec bien être et sécurité pour l’enfant quel que soit le lieu où se situe la crèche.